Grand Tortue Ahmeyim (GTA) : un chantier interminable qui coûte cher aux deux États

 




20/12/2024 

Alors que l'année 2024 s'achève, l'ombre d’un immense gâchis plane sur le projet Grand Tortue Ahmeyim(GTA). Ce chantier pharaonique, censé inaugurer une nouvelle ère d’exploitation gazière pour la Mauritanie et le Sénégal, n’a toujours pas livré le moindre mètre cube de gaz naturel liquéfié. 

Une attente insoutenable pour un projet dont la première production était initialement prévue pour 2022. Certes, la pandémie de Covid-19 a semé le chaos dans le calendrier des grands projets. Certes, un incident technique, survenu lors du départ d’un bâtiment flottant depuis les chantiers chinois, a contribué à retarder les opérations. Mais doit-on vraiment imputer à ces aléas l’intégralité de ce retard abyssal et la spectaculaire explosion des coûts qui l’accompagne ?

Car les chiffres sont implacables : de 3,5 milliards de dollars initialement, le budget de GTA s’élève désormais à plus de 7 milliards selon les observateurs.  Comment expliquer de telles dérives ? Qui contrôle vraiment les dépenses engagées ? BP  a t-elle raison de réclamer aux deux États la somme de 4,1 milliards de dollars ? Pourquoi la seconde phase, qui devait doubler la production de GNL de 2,5 à 5 millions de tonnes métriques par an, paraît aujourd'hui compromise ?

Cet échec cuisant rappelle d’autres désillusions dans l’histoire récente de notre pays. Faut-il évoquer le gisement pétrolier Chinguetti, opéré par Woodside, ce mirage pétrolier qui promettait monts et merveilles avant de sombrer dans l’oubli ? Ou encore Kinross Tasiast, ce géant aurifère qui, au mieux, reverse à l’État une maigre redevance plafonnée à 6,5 % ? Ce sont autant de promesses non tenues, autant de symboles d’une exploitation souvent abusive de nos ressources naturelles.

Le constat est amer : nos gouvernements se laissent trop souvent séduire par les chants de sirènes des multinationales, sans exiger la transparence ni les garanties nécessaires. Combien de temps encore accepterons-nous ce pillage ? Combien de temps encore nos ressources, si stratégiques, seront-elles gérées avec autant de légèreté ?

L’heure n’est plus aux regrets mais aux actions décisives. D’une part, les deux États partenaires doivent faire preuve d’une réelle volonté politique pour achever ce projet. D’autre part, la Mauritanie doit impérativement se préparer pour l’avenir. Concernant le gisement  Birallah, qui attend toujours une décision d’investissement, il est temps de rechercher un partenaire plus fiable et surtout de mobiliser une équipe de négociateurs aguerris.

Enfin, au-delà des mots, il est nécessaire de tirer les leçons des échecs passés. "Quand on veut, on peut", dit l’adage. Mais encore faut-il que nos dirigeants, eux, veuillent véritablement agir.


Brahim Salem Ould Abdellah 

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