AFD en Mauritanie : Quand l'aide au développement rime avec complaisance

 



27/02/2025| On feindrait la surprise si elle était de mise. Mais la réalité s’impose avec la froide évidence des faits : l’aide au développement, fer de lance d’une diplomatie française en quête de leviers en Afrique, se révèle une arme à double tranchant. En Mauritanie, dernier bastion sahélien à ne pas avoir encore claqué la porte à l’ancienne puissance coloniale, la France se trouve aujourd’hui sur la sellette, éclaboussée par la gestion discutable d’un financement pourtant présenté comme exemplaire.

L’Agence Française de Développement (AFD), bras financier de cette ambition hexagonale, se retrouve ainsi au cœur d’un fiasco retentissant. Vingt-deux millions d’euros alloués à l’adduction d’eau potable pour cent cinquante mille Mauritaniens, un projet-phare dont l’échec était dénoncé il y a un an déjà par l’ONG Transparence Inclusive. Pourtant, l’AFD, dans un mouvement que l’on peine à justifier autrement que par une négligence coupable, a continué d’arroser les comptes des entreprises chargées du projet, sans exiger le moindre respect de ses propres règles de contrôle.

Comment expliquer qu’une agence censée incarner la rigueur et la transparence se soit contentée de verser l’intégralité des fonds avant la fin officielle du chantier, sans même exiger de pénalités pour retard ? Pire, comment justifier que des rallonges financières aient été généreusement accordées pour des améliorations pourtant déjà incluses dans le cahier des charges initial ? La campagne "Publish What You Fund" a beau avoir relégué l’AFD à une peu reluisante 35e place sur 50 en matière de transparence, il est ahurissant de constater à quel point les mêmes errements se répètent sans conséquence.

Faut-il y voir une simple incompétence ou, plus vraisemblablement, une complaisance calculée vis-à-vis des réseaux de pouvoir en place ? D’aucuns y voient une complicité tacite avec un système de corruption bien huilé, aux ramifications s’étendant jusqu’au Sénégal voisin. Comment ne pas s’interroger sur les intérêts bien compris de Zeïne El Abidine Ould Cheikh Ahmed, patron de BIS TP et toujours président de l’Union Nationale du Patronat Mauritanien, ou encore d’Oumar Sow, à la tête de la Compagnie Sahélienne d’Entreprises (CSE) ? Deux hommes aux trajectoires différentes, mais à la proximité identique avec les chefs d’État de leurs pays respectifs : Mohamed Ould Ghazouani pour l’un, Macky Sall pour l’autre.

Dans cette affaire, la France apparaît comme un mécène naïf ou, pire, un acteur résigné à financer une influence qu’elle ne maîtrise plus. Car si les errements de l’AFD devaient servir une quelconque ambition diplomatique, force est de constater que la stratégie est aussi inefficace que dispendieuse. Loin de renforcer la présence française au Sahel, ces compromissions ne font qu’alimenter un ressentiment croissant, perçu par les populations locales comme une connivence éhontée avec des élites corrompues.

L’aide au développement a-t-elle encore un sens lorsqu’elle se transforme en caution d’une gouvernance défaillante ? Il est temps que la France repense ses engagements, sous peine de voir son influence, déjà vacillante, s’effondrer définitivement sous le poids de ses propres incohérences.


Brahim Salem Ould Abdellah 

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