République du buzz : quand le vacarme remplace la gouvernance

 



Le 06/ Mai 2025

La politique nationale est devenue une mise en scène grotesque, un théâtre d’ombres où le vrai débat est banni, étouffé sous le poids du mensonge, de l’insulte et de la peur. Faire le buzz est aujourd’hui la seule boussole de ceux qui prétendent gouverner ou s’y opposer mollement. Les réseaux sociaux sont leur tribune, non pour construire ou convaincre, mais pour provoquer, dénigrer, diffamer.

Pendant qu’un député s’essaie à la provocation ethnique devant le Parlement européen, avant de se défausser piteusement en rentrant au pays, une autre s’abandonne à la violence verbale en traitant nos dirigeants de « cafards ». Et pendant ce temps, les laudateurs du pouvoir, sûrs de leur impunité, vomissent chaque jour leur haine sur l’opposition, particulièrement sur Biram Dah Abeid, cible favorite de leur mépris. Ce n’est plus de la politique, c’est une chasse.

Nous sommes bien loin des débats républicains, des confrontations d’idées, de la simple décence démocratique. Finies les tables rondes ouvertes à la presse indépendante, disparues les rares émissions qui donnaient la parole à plusieurs voix. Le débat présidentiel de 2007 ? Une anomalie dans l’histoire récente, vite effacée par le retour des militaires. Depuis, le pouvoir civil n’est qu’un masque, une façade derrière laquelle le régime verrouille tout : les urnes, les institutions, et même les mots.

Le président Ghazouani, élu sans second tour grâce à une machine électorale bien huilée, gouverne dans l’opacité la plus totale. On murmure déjà qu’il pourrait briguer un troisième mandat, au nom du sempiternel prétexte de la « stabilité ». Mais à quoi bon maintenir cette illusion de démocratie, si chaque élection est jouée d’avance, si toute voix dissidente est caricaturée, intimidée, ou muselée ?

Le Sénégal a montré en 2023 qu’un peuple peut dire non. Chez nous, on préfère l’endormir à coups de promesses pieuses, dans une République qui s’enorgueillit d’être islamique tout en trahissant les principes mêmes de justice, d’éthique et de vérité.

Tôt ou tard, le rideau tombera. Et ceux qui auront méprisé la parole du peuple devront répondre de leur mépris.

 

Brahim Salem Ould Abdellah 

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