Prisonniers d'opinion en Mauritanie: Situation en Juillet 2025


Il n’y a pas eu d’amélioration constatée  dans la situation des droits de l’homme en Mauritanie au cours de l’année, de graves restrictions à la liberté d’expression y compris des arrestations de journalistes et blogueurs. Ces arrestations sont de plus en plus nombreuses depuis l’adoption de la Loi n°2021-021 portant protection des symboles nationaux et l'incrimination des atteintes à l'autorité de l'État et à l'honneur du citoyen. 


Des personnalités de la société civile dénonçant la gabegie sont toujours dans le viseur des autorités dont on peut citer l’ex senteur Mohamed Ould Ghadde de l’ONG transparence globale qui  été arrêté en 2024 puis libéré quelques mois plus tard. Il avait dénoncé des failles dans la réalisation de certains projets sur lesquels travaillait l’entreprise BIS TP possédée par l’actuel chef du patronat mauritanien  et proche du pouvoir. 

Egalement Ali Ould Bekar militant écologiste de la ville de Nouadhibou est arrêté selon sa famille et ses proches. Nous reviendrons sur son cas plus tard.


Le début de l’année 2025 a été aussi marqué par le début d’une concrétisation d’un accord pour lutter contre l’immigration entre la Mauritanie et l’union européenne dans l’objectif de réduire l’afflux des bateaux vers les îles canaris(Espagne) ce qui a conduit à des rafles et arrestations de certains étrangers sans papiers et démantelement  des réseaux de trafiquants à Nouakchott et à Nouadhobou principalement. Ces arrestations ont été vivement critiquées par les députés Khally Diallo du mouvement FRUD ainsi que par Ghame Achour et Mariem Cheikh du mouvement IRA présidé par Biram Ould Dah Abeid. 


Dans un communiqué publié le 29 avril 2025, le mouvement affirme que son responsable de la Commission de lutte contre la traite des migrants, Ablaye Ba, a été enlevé dans la nuit du 26 avril à Nouakchott par une unité des forces de sécurité. Conduit vers une destination inconnue, il a été détenu sans que son avocat, sa famille ou même son médecin personnel ne soient informés. 


Situation et dernières informations sur les personnalités arrêtées:


1. Cas d’ Ahmed Ould Samba  homme politique et président du parti EL Adl opposant farouche  connu pour ses critiques sur les réseaux sociaux envers le régime actuel. Ould Samba est accusé d' <<Avoir diffusé et distribué un enregistrement audio sur les réseaux sociaux portant atteintes à l’autorité de l’état et à ses symboles, injuriant le président de la république ainsi que plusieurs responsables publics, en plus d’inciter à la discrimination, de diffuser la haine entre les composantes de la société et de porter atteinte à la cohésion sociale>> selon les procès-verbaux d’accusation. Ould Samba a été condamné par la chambre correctionnelle de la wilaya de Nouakchott-Ouest à la date du 22 mais 2025 à une peine d’un an d’emprisonnement dont huit mois fermes. Le parquet avait réclamé sa condamnation à deux ans de prison ferme.

Plusieurs ONG dont SOS esclaves lui ont apporté leurs soutiens.



Ci-après le communiqué de SOS-Esclave : 


Sos Esclaves-Mauritanie vient d’apprendre, non sans inquiétude, l’arrestation et le dépôt à la prison civile de Nouakchott, de l’un de ses membres fondateurs, Ahmed Samba Abdellahi et ce depuis le 16 janvier 2025. Les autorités s’obstinent à le punir d’avoir publié, sur sa page Facebook, de récurrents témoignages qui démontrent, preuves à l’appui, les discriminations durant le processus de recrutement et de promotion du personnel de la fonction publique. D’ailleurs, les récentes nominations au sein du corps diplomatique viennent confirmer la solidité de l’argument. A la faveur de ses écrits, - en langue Arabe – l’auteur s’insurge notamment contre la marginalisation des cadres issus de la communauté des descendants d'esclaves, groupe d’origine subsaharienne. Dans la Mauritanie des régimes militaires sous maquillage civil, l’engagement pour l’égalité raciale et linguistique est sanctionné comme une incitation à la haine. D’abord limogé, le 1er octobre 20024, de son poste d’Inspecteur des finances, il sera séquestré, dès le lendemain, par la gendarmerie nationale, pendant quelques semaines puis libéré, hors de toute procédure de justice. Ses avocats avaient introduit, auprès du Conseil constitutionnel, une requête en illégalité des prescriptions portant « sur l’immunité des symboles de l’Etat » et le « délit de cybercriminalité ». De telles dispositions, d’ailleurs controversées, servent, d’abord, à museler les opposants, en particulier les dénonciateurs du racisme et de l’hégémonie ethno-tribale. Sur la foi des vérifications requises par l’attribution du statut, SOS Esclaves Mauritanie confère, à Ahmed Samba Abdellahi, la qualité de détenu d’opinion et atteste qu’il est persécuté à cause de ses idées de défense de la citoyenneté. La non-violence de son propos ne soufre le doute. De surcroît, les antécédents de bavures, de mauvais traitements et d’impunité globale dans son pays, autorisent la crainte de le voir subir, en captivité, des atteintes crédibles à l’intégrité de sa personne. La présente communication s’adresse - en priorité et suivant le caractère de l’urgence - à la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) et au Commissariat éponyme, deux institutions de la République islamique de Mauritanie.


2. Cas de Mohamdy El Chinguitty



La cour d’appel de Nouakchott a rendu une décision ordonnant l’incarcération du journaliste Mohamdy El Chinguitty, journaliste directeur du site d’information Ajil et membre de la commission médiatique du mouvement « Kafana », à la suite de son accusation de diffamation et d’atteinte délibérée à la vie privée.

Selon le dispositif de la décision n° 666/2025, rendue le 9 avril 2025, la cour a décidé d’accepter l’appel en la forme et au fond, et a délivré un mandat de dépôt à l’encontre de l’accusé.

Cette décision judiciaire fait suite à une plainte déposée par l’actuel ambassadeur de Mauritanie en Syrie contre le journaliste El Chinguitty.


L’ancien consul de Mauritanie à Casablanca, au Maroc, Taleb Mokhtar El-Moujtaba, est lui-même accusé dans une affaire d’escroquerie visant un homme d’affaires saoudien, Abdelkrim Al-Shehri.

Et il est attendu que Mohamdi Chinguitty soit libéré dans les prochains jours ou même les prochaines heures, après avoir purgé sa peine.

Il reçu le soutien du syndicat des journalistes mauritanien et avait publié un lettre de remerciement à la date du 20 Mars 2025: 


Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, et que la paix et la bénédiction soient sur le noble Messager de Dieu,

J’adresse mes plus sincères remerciements et ma profonde gratitude au Syndicat des journalistes mauritaniens, au groupement des institutions médiatiques, ainsi qu’à tous les membres et dirigeants du mouvement Kafana, et en premier lieu à mon frère, le président du mouvement, Monsieur Yacoub Ould Ahmed Lemrabott.
Je remercie également le président du mouvement Ajabna, Ahmed Salem Ould Abibou, ainsi que le coordinateur général de l’Union des plateformes, Abdouti Ould Ettaleb.
Ma gratitude va aussi à tous les militants et blogueurs libres, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, qui se sont tenus à mes côtés dans cette épreuve.

En ce qui concerne les derniers développements liés à l’affaire de « l’ambassadeur de Mauritanie en Syrie », qui fut la cause de mon arrestation, j’ai été convoqué de nouveau aujourd’hui par la police judiciaire au Palais de justice, en présence du président du Syndicat des journalistes mauritaniens, Ahmed Taleb Ould Lemallem, et de Chems Eddine, membre du syndicat chargé des affaires journalistiques et des litiges au sein de l’organisation, ainsi que de membres du bureau exécutif du mouvement Kafana.

Mes remerciements et ma reconnaissance vont à tous ceux qui m’ont soutenu et se sont tenus à mes côtés.
Et ceux qui m’ont fait du tort sauront bientôt vers quel sort ils seront renvoyés.

Mohamdy Cheguitty


3.Ablaye Bâ un militant abolitionniste de l’IRA arrêté et accusé de « discours de haine » Le 26 avril 2025, l’activiste Abdoulaye Bâ a été interpellé après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle il exhortait le ministre de l’Intérieur à mettre un terme aux arrestations et aux expulsions d’immigrés en situation irrégulière, parmi lesquels figuraient également des citoyens mauritaniens. Responsable de la section « immigration » au sein de l’ONG Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA), Bâ a comparu le 5 juin devant le juge d’instruction du tribunal de Nouakchott, avant d’être officiellement inculpé pour incitation à la haine et diffusion de propos haineux. Le 12 juin, la Chambre criminelle du tribunal de Nouakchott Ouest l’a reconnu coupable et l’a condamné à un an de prison, dont six mois avec sursis, ainsi qu’à une amende de 20 000 MRU (environ 500 USD). Cette poursuite s’appuie sur la loi n°2021-021 sur la protection des symboles nationaux, un texte controversé, largement dénoncé par les organisations de défense des droits humains, qui accusent les autorités mauritaniennes de s’en servir pour réduire au silence les voix critiques. L’Initiative pour la Renaissance du Mouvement Abolitionniste (IRA) dénonce une nouvelle vague de répression visant ses membres. Dans un communiqué publié le 29 avril 2025, le mouvement affirme que son responsable de la Commission de lutte contre la traite des migrants, Ablaye Ba, a été enlevé dans la nuit du 26 avril à Nouakchott par une unité des forces de sécurité. Conduit vers une destination inconnue, il a été détenu sans que son avocat, sa famille ou même son médecin personnel ne soient informés. Trois jours plus tard, le parquet de Nouakchott l’a officiellement inculpé pour « discours de haine » et « cybercriminalité ». L’IRA rejette ces accusations, estimant que le militant paie en réalité le prix de son engagement en faveur des droits et de la dignité des réfugiés en Mauritanie. Selon le mouvement, Ablaye Ba dénonçait récemment les traitements inhumains infligés à certains réfugiés, contraires aux droits humains universels. Il appelait aussi les autorités à respecter les procédures internationales encadrant le déplacement forcé, tout en alertant sur les risques de représailles visant les Mauritaniens en Afrique subsaharienne. L’IRA affirme que les arrestations répétées de ses militants confirment une volonté du pouvoir d’utiliser la justice pour réduire au silence les voix critiques. Elle appelle la communauté internationale, l’opinion publique et les organisations de défense des droits humains à surveiller « de près » la situation dans un pays sous « emprise autoritaire ». Pour le mouvement, cette « dérive » ne fera qu’accentuer les divisions et la fragmentation sociale, alors que les menaces aux frontières du pays nécessitent au contraire « unité et cohésion nationale ». Nouakchott, 29 avril 2025 Commission de communication de l’IRA




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