Nouakchott dans le noir, la modernisation en question
Après la crise des hydrocarbures qui, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, met à rude épreuve l’approvisionnement des stations-service — faute notamment de capacités de stockage suffisantes, toujours en construction — voilà que l’électricité vient à son tour rappeler la fragilité de nos infrastructures.
Hier, une partie d’une installation électrique de Nouakchott-Nord prenait feu. Aujourd’hui, c’est au tour de Nouakchott-Ouest. Résultat : une grande partie de la capitale plongée dans l’obscurité, en pleine période de forte chaleur.
Panne accidentelle ? Défaut de maintenance ? Équipements vieillissants ou inadaptés aux températures que connaît Nouakchott ? Il appartient aux autorités de répondre, rapidement et avec transparence. Car la chaleur n’est ni nouvelle ni imprévisible dans cette ville. Une infrastructure stratégique doit être conçue pour résister aux conditions dans lesquelles elle est appelée à fonctionner.
Le paradoxe est saisissant. Il y a quelques mois, le gouvernement se félicitait d’avoir réalisé plus de 95 pourcent du programme de modernisation de Nouakchott, pour un coût dépassant les 110 millions de dollars. Mais à quoi sert une ville modernisée si elle s’éteint dès que le thermomètre s’affole ?
Plus grave encore : comment parler sérieusement de croissance et d’attraction des investisseurs lorsque l’alimentation énergétique demeure aussi vulnérable ? Une usine ne fonctionne pas sans électricité. Une chaîne de froid non plus. Pas davantage les unités de conditionnement indispensables au développement d’une agriculture moderne.
Au-delà des chiffres et des bilans triomphants, la modernisation se juge à l’épreuve du réel. Et le réel, aujourd’hui, c’est une capitale plongée dans le noir en pleine canicule.
ABDELLAH Brahim Salem
